Salah ad-Din Yusuf ibn Ayyub, que ses ennemis (et ils furent nombreux) connaissaient sous le nom de Saladin, était un noble kurde qui devint le premier sultan d'Égypte et de Syrie, à la tête des armées arabes de croyants. Né à Tikrīt autour de 1138, Yusuf avait pour nom honorifique (ou "laqab") "Salah ad-Din", qui signifie, à peu de choses près, "rectitude de la foi". Il reçut une éducation militaire et religieuse sous la surveillance de son père Najm ad-Din Ayyub, ancien gardien de la forteresse de Tikrīt. La famille Ayyub, impliquée dans une querelle, fut bannie de la ville et partit pour Mossoul en 1139, probablement durant la nuit où naquit Saladin.
Saladin, enfant brillant, poursuivit son éducation à Damas, ville pour laquelle il éprouva par la suite une affection particulière, jusqu'à ce que son père fût nommé commandant de la forteresse de Baalbek par Imad ed-Din Zengi, atabeg ("gouverneur") de Mossoul, Damas, Alep, et Hama. Saladin, particulièrement doué en arithmétique et en mathématiques, se plongea dans les travaux d'Euclide et dans l'Almageste. Il connaissait parfaitement la généalogie et les histoires de la noblesse arabe, ainsi que les lignées des célèbres pur-sang, ce qui avait sans doute moins d'utilité. Il pouvait également citer "l'Hamasah", une collection de poèmes arabes en dix volumes. Cependant, il ne put éviter la carrière militaire à laquelle sa famille le destinait, et notamment son grand-père maternel Nur ad-Din, qui avait succédé à Imad ed-Din Zengi et était devenu l'émir de Syrie, au service de l'empire seldjouk.
Saladin entama son service militaire à l'âge de 26 ans sous la surveillance de son oncle Asad ad-Din Shirkuh, un général influent au service de Nur ad-Din. Durant la campagne contre les Croisés et Dirgham l'usurpateur égyptien, sur ordre du calife fatimide al-Adid, Saladin se distingua par l'assaut de Bilbais et la bataille près du Nil à l'ouest de Gizeh, où il mena le flanc droit. Lorsqu'il arriva à Alexandrie, Saladin ne rencontra aucune résistance, et fut même accueilli à bras ouverts. On lui fournit de l'argent, des armes et du ravitaillement. Face à une force égyptienne supérieure en nombre, Asad prit une sage décision : il retira le plus gros de son armée, laissant la défense de la cité à Saladin et une petite troupe.
La situation ne tarda pas à s'envenimer. Asad fut impliqué dans une lutte contre Shawar, le vizir d'Égypte, pour s'emparer du califat fatimide en déclin. Le vizir sollicita le soutien des croisés d'Amaury Ier de Jérusalem. En 1169, Shawar fut assassiné, probablement de la main de Saladin, et Asad al-Din Shirkuh mourut plus tard dans la même année. Bien que Nur ad-Din trouvât un remplaçant à Asad, autre que Saladin, le calife fatimide décida pour une raison inconnue de nommer Saladin vizir d'Égypte. Dans les mois qui suivirent, Saladin évita une tentative d'assassinat par les officiers égyptiens en colère et réprima une révolte des régiments fatimides. Cette répression fut d'ailleurs si sévère, en vérité, qu'il n'eut jamais plus affaire à ce genre d'insurrection en Égypte.
Selon les historiens arabes, Saladin reçut l'ordre par Nur ad-Din en 1171 de rétablir le califat abbasside en Égypte. À la mort d'al-Adid, et après avoir ordonné l'exécution ou l'assassinat de certains de ses officiers, Saladin dirigeait fermement l'Égypte. S'occupant comme il le pouvait entre deux péripéties, Saladin déjoua les plans des Templiers et mit Gaza à sac, prit le château des croisés à Eilat, qui nuisait au transport d'étoffe dans le Golfe d'Aqaba, et écrasa l'invasion nubienne, s'emparant de la ville de Qasr Ibrim. Lorsqu'il transporta jusqu'à Damas une partie du butin destinée à Nur ad-Din (dont "un âne de très belle race", clin d'œil à sa passion pour les équidés), il en profita pour saccager les possessions des croisés, mais aussi pour occuper le Yémen et en faire expulser les infidèles.
À la mort de Nur ad-Din, en mai 1174, Saladin affirma sans tarder la souveraineté de la dynastie ayyubide en Égypte... et se proclama sultan, comme de juste. Bien que le fils de Nur ad-Din, alors âgé de onze ans, eût été nommé calife par un groupe d'émirs puissants, Saladin redoutait l'anarchie et la prospérité des infidèles en Syrie. Il était face à un choix cornélien : s'emparer de la Syrie au détriment du jeune as-Salih Ismail, acte condamné par le Coran, ou attendre une occasion, peu probable, d'envahir le pays. Lorsqu'as-Salih fut envoyé à Alep par un oncle ambitieux qui prévoyait d'éliminer tous ses rivaux, l'émir de Damas n'eut d'autre choix que de se tourner vers Saladin.
C'était l'œuvre du destin, Saladin traversa le désert à la tête de 700 guerriers et rejoignit les émirs et les tribus bédouines pour entrer dans Damas sous les acclamations des citoyens. Il laissa le pouvoir entre les mains de l'un de ses frères et ne tarda pas à soumettre les villes qui s'étaient montrées loyales envers le calife précédent. L'année suivante fut riche en événements : Saladin parvint à déjouer plusieurs tentatives d'assassinat, dont certaines étaient l'œuvre d'une secte ismaélienne se faisant appeler les "Assassins". Les émirs survivants finirent par proclamer Saladin sultan de Syrie et d'Égypte. Après avoir fait la paix avec les Assassins et d'autres éléments perturbateurs au sein de son empire, tous d'accord sur le fait de chasser les Européens de la Terre-Sainte, Saladin souleva les forces de l'islam.
La guerre menée par Saladin contre les chrétiens fit rage jusqu'à sa mort, en 1193. Les victoires ayyubides et l'occupation de la plus grande partie du royaume croisé de Jérusalem, dont la ville sainte en 1187, contribuèrent à forger la réputation de Saladin à travers l'Europe. Cette impopularité donna lieu à la troisième croisade, initiée, entre autres, par Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste et Frédéric Barberousse, qui fut davantage le théâtre de massacres que de batailles à proprement parler. En septembre 1191, l'armée des croisés ne comptait plus que deux mille hommes d'armes et cinquante chevaliers encore capables de combattre. En 1192, Richard et Saladin finirent par trouver un accord, le traité de Ramla, dont les termes prévoyaient que Jérusalem resterait sous contrôle musulman, mais demeurerait accessible aux pèlerins chrétiens. Ce traité fut l'héritage le plus durable laissé par Saladin.