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Aztèques
Compétence Exclusive

Légende des cinq soleils

Vous pouvez dépenser des charges de bâtisseur pour compléter 20 % du coût initial du quartier.

Contexte Historique
À l'époque où Hernán Cortés et sa bande patibulaire mirent pied sur le continent, l'Empire aztèque n'en était encore qu'à ses premiers pas, puisque né autour de 1428. Bien que l'Excan Tlatoloyan (la Triple alliance de l'empire aztèque) ne survécût qu'une centaine d'années, son siècle d'existence fut riche en évènements.

À l'origine, plusieurs petits "altepeme" (cités-états) étaient éparpillés dans la vallée de Mexico, le long des rivages de plusieurs lacs adjacents : Zumpango, Xaltocan, Texcoco, Xochimilco et Chalco. La région bénéficiait de pluies abondantes, d'un climat tempéré et de terres fertiles. C'est pourquoi les peuplades nahuas (ou mexica) qui migraient vers le sud depuis Aztlan (le "Pays blanc", nom dont provient le mot "Aztèques") choisirent de s'y établir aux alentours de 1250.

Malheureusement, plusieurs autres tribus vivaient déjà dans cette région, notamment les Azcapotzalcos et les Culhuacans. En 1325, les puissants Azcapotzalcos autorisèrent ces nomades aztèques à s'installer sur une petite île du lac Texcoco où ils bâtirent leur capitale, Tenochtitlan. D'après la légende, son emplacement aurait été désigné par un prêtre ayant repéré un nid d'aigle au sommet d'un figuier de Barbarie. Et dire que certains s'embêtent avec des plans d'urbanisme... Pourtant, la situation de Tenochtitlan était idéale : facile à défendre (sur une île), disposant de suffisamment d'eau pour boire et pêcher, et de nombreuses sources de matériaux de construction. Pendant un temps, les Aztèques acceptèrent donc volontiers de payer un tribut pour que les Azcapotzalcos les laissent vivre en paix.

Les Aztèques demeurèrent les sujets des Azcapotzalcos pendant près d'un siècle. Au cours de cette période, un autre altepetl se révolta. La cité-état de Texcoco, appartenant aux Acolhuas et située sur le rivage le plus au sud du lac, s'enrichit grâce au commerce au point de défier les Azcapotzalcos, remettant leur autorité en cause. Lors de la guerre qui s'ensuivit, Tenochtitlan demeura loyale envers les Azcapotzalcos et joua un rôle déterminant dans la conquête de Texcoco. En récompense de leur dévouement, les Aztèques reçurent le droit d'annexer la ville vaincue et d'en faire une province tributaire.

Cet arrangement fonctionna plutôt bien jusqu'à la mort soudaine de Tezozomochtli, le roi des Azcapotzalcos, en 1426. Une courte guerre civile éclata alors, durant laquelle les Aztèques de Tenochtitlan soutinrent l'héritier désigné de l'ancien roi, un certain Tayauh. Ce ne fut hélas pas le choix le plus avisé, car son frère Maxtla l'emporta et entreprit aussitôt de punir ceux qui avaient offert leur appui à Tayauh. Entretemps, le roi aztèque mourut dans d'étranges circonstances, probablement assassiné sur les ordres de Maxtla. Mais son successeur, Itzcoatl, refusa à son tour de se soumettre. Maxtla fit encercler la cité, coupant l'île du reste du monde, et exigea sa reddition totale.

Simultanément, Maxtla s'attaqua aux Acolhuas de Texcoco, qu'il détestait tout autant. Nezahualcoyotl, le dirigeant de Texcoco, partit en exil et parvint à rejoindre Itzcoatl. Puis Tlacopan, une cité dissidente des Azcapotzalcos, apporta également son soutien au roi aztèque. Ainsi se forma la célèbre "Triple alliance" : trois cités-états partageant le but commun de renverser Maxtla, objectif qu'ils atteignirent en 1427. Après avoir totalement écrasé les Azcapotzalcos, les trois rois décidèrent de vivre "en harmonie". Leur premier acte fut de se partager les territoires des vaincus, et Tenochtitlan parvint mystérieusement à se tailler la part du lion. Les trois cités-états furent si satisfaites de leur succès qu'elles formalisèrent leur alliance, dont les termes stipulaient que tous les tributs et butins seraient partagés, et qu'elles se devraient assistance dans leurs futures guerres de conquête. Les rois assumeraient le titre de huey tlatoani (empereur de l'alliance) à tour de rôle.

Tout au long du siècle suivant, les règnes successifs de plusieurs empereurs compétents permirent à l'alliance aztèque de croître rapidement (principalement en écrasant ses voisins) jusqu'à ce que ses frontières traversassent toute la Mésoamérique, de l'Atlantique au Pacifique. D'ailleurs, cet "empire" était presque constamment en guerre pour des raisons sociales ou peut-être même religieuses, car dans la Weltanschauung aztèque ("conception du monde" en allemand, histoire de varier les langues !), la mort était un instrument de la perpétuation de la vie. Il était ouvertement admis que le cycle naturel imposait aux dieux et aux hommes d'offrir des sacrifices afin de préserver l'équilibre de la création. Le sang (humain, car le sang animal ne semblait pas convenir) était censé empêcher le soleil de tomber, mais les citoyens préférant éviter ce funeste destin, ils offraient à la création des êtres "inférieurs" : prisonniers (d'où le besoin de nombreux combats), esclaves, serviteurs et indigents. Le nombre de sacrifices à cette époque était effrayant : en 1487 par exemple, les historiens estiment qu'entre 10 000 et 80 000 personnes furent tuées, généralement par décapitation, en consécration du Templo Mayor (la grande pyramide) de Tenochtitlan.

Quand les Aztèques n'étaient pas en train de faire la fête autour de rituels sanglants, ils développaient une culture et des connaissances scientifiques inégalées en Amérique. Par exemple, le calendrier aztèque était très sophistiqué et aussi avancé que ceux d'Asie et d'Europe. Le tonalpohualli (compte des jours) consistait en un cycle de 260 jours, répartis en 20 groupes de 13 jours auxquels correspondait un symbole. Le xiuhpohualli (compte des ans) divisait une année en 18 mois de 20 jours chacun. Ainsi, une année comprenait 360 jours nommés et 5 jours sans nom ; ces derniers étaient censés porter malchance (en particulier aux pauvres bougres sacrifiés pour contrer le mauvais karma). On pense que ce calendrier fut créé grâce à une intense observation des cieux, car les Aztèques hissèrent l'astronomie au rang d'art. Ils rassemblèrent d'ailleurs leurs connaissances sur de l'amate, du papier d'écorce, grâce à leur système idéographique si particulier.

Lorsque Itzcoatl rendit l'âme en 1440, il fut remplacé par son neveu Moctezuma (Moctezuma Ier, à ne pas confondre avec le deuxième, bien moins compétent). Le demi-frère aîné de Moctezuma, Tlacaelel, fut nommé Cihuacoatl, le lointain équivalent d'un Premier ministre européen. Tous deux entreprirent alors de faire de Tenochtitlan la cité dominante de l'alliance, formalisant ainsi la création de l'Empire aztèque. Moctezuma se chargeait des conquêtes (envahissant les terres des Huaxtèques, des Totonaques, des Mixtèques, des Cosamaloapans, des Orizabas et des Cotaxtlas) tandis que Tlacaelel refaçonnait la civilisation aztèque selon sa propre vision.

Tandis que Moctezuma concentrait toute son attention sur la guerre, son frère Tlacaelel réécrivit le passé et le futur des Aztèques. Littéralement. Selon certaines sources, il fit brûler des centaines de textes qui contenaient des "inexactitudes historiques". Sous son règne, Tlacaelel remodela leurs croyances religieuses afin de présenter les Aztèques comme un peuple élu, destiné à s'élever au-dessus des autres. Tlacaelel insista également sur l'importance du militarisme et du sacrifice rituel dans la "nouvelle" théologie aztèque. Il supervisa la construction de nombreux temples et bâtiments religieux, dont le célèbre Templo Mayor de Tenochtitlan, tous consacrés (par de nombreux sacrifices) à leur nouveau dieu suprême : Huitzilopochtli.

Le peuple aztèque prospéra sous la houlette des deux frères pendant trois décennies. Grâce à Moctezuma, l'empire s'étendit de plus de 160 000 km² et atteignit le nombre impressionnant de cinq millions de sujets. Sous l'autorité de Tlacaelel, les tribus assujetties étaient généralement livrées à elles-mêmes, tant que le tribut requis (lequel incluait des dons sacrificiels, bien entendu) était payé et que les forces militaires exigées étaient fournies. Tenochtitlan devint le centre névralgique d'un immense réseau de commerce, où les marchands aztèques faisaient volontiers affaires avec les alliés comme avec les ennemis de leur peuple. En l'absence de monnaie, les échanges reposaient sur le troc. Le peuple aztèque ne disposant ni d'animaux de trait ni de véhicules à roues, toutes les marchandises étaient portées à dos d'homme. C'est pourquoi Tlacaelel fit construire un vaste réseau routier conçu spécialement pour la circulation piétonne. Ces voies, constamment empruntées, étaient protégées par l'armée aztèque. Les femmes pouvaient ainsi y voyager seules. Tlacaelel fit aussi édifier des telpochcalli (des écoles) dans tous les quartiers, aux frais du gouvernement. Les jeunes garçons y recevaient une éducation religieuse ainsi qu'une formation militaire.

Moctezuma Ier mourut en 1468. Son fils Axayacatl lui succéda et passa ses treize années de règne à consolider les conquêtes de son père, écrasant diverses rébellions et repoussant l'outrecuidant Empire tarasque. (Tlacaelel disparut en 1487, au probable soulagement du plus grand nombre.) À la mort d'Axayacatl, son frère Tizoc, célèbre pour son incompétence, hérita du pouvoir, mais fut assassiné par ses nobles à peine cinq ans plus tard. Le flambeau fut ensuite repris par un autre des frères, Ahuitzotl, en 1486, et celui-ci prouva sa supériorité en conquérant la cité-état d'Otzoma, dont la population fut éradiquée (tuée ou sacrifiée en masse), puis en lançant la construction d'une ligne de forteresses le long de plusieurs frontières contestées. Ahuitzotl mourut en l'an 10-Lapin, selon le complexe calendrier aztèque. Son neveu, Moctezuma II, accéda alors au trône.

Le règne du nouveau Moctezuma ne débuta pas vraiment sous les meilleurs auspices, et périclita rapidement. Le souverain révoqua les conseillers les plus compétents d'Ahuitzotl et les fit presque tous exécuter. Il abolit ensuite le statut de "cuauhpilli", une classe particulière de l'armée aztèque, anéantissant ainsi toute chance pour les familles roturières d'améliorer leur statut social. Le bas peuple n'eut alors plus la moindre motivation pour servir l'empire, que ce soit en rejoignant l'armée ou par quelque autre moyen. Après avoir attisé la colère des familles nobles les plus puissantes et perdu les bonnes grâces du peuple, il va sans dire que Moctezuma était bien mal préparé à affronter la horde d'Espagnols cupides qui se présenta sur le seuil du monde aztèque en février 1519.

Plus tôt cette année-là, une expédition menée par Hernán Cortés (constituée de 11 vaisseaux, 630 hommes, 13 chevaux et d'une poignée de petits canons) avait débarqué dans le Yucatán, alors territoire de l'Empire maya. Le gouverneur espagnol de Cuba avait pourtant révoqué la charte d'expédition de Cortés avant son départ du port, mais ce dernier se mutina ouvertement contre l'autorité, ignora les ordres et prit le large malgré tout (à croire que la fortune sourit réellement aux audacieux !). Après avoir vécu diverses aventures, les conquistadors débarquèrent près d'une petite colonie indigène à Veracruz et s'en emparèrent. Ils y rencontrèrent deux gouverneurs aztèques de provinces tributaires, lesquels acceptèrent d'organiser une rencontre entre Cortés et Moctezuma II.

Mais Moctezuma refusa d'accueillir "l'envoyé" d'Espagne. Cortés se mit donc en route pour Tenochtitlan sans y être convié. Comme la plupart des hôtes indésirables, les Espagnols semèrent le chaos sur leur passage. Ils marchèrent sur la capitale escortés par un grand nombre de guerriers indigènes (certains en quête d'aventure, d'autres motivés par la vengeance ou l'appât du gain), et finirent par atteindre la grande cité de Cholula. La joyeuse bande entreprit alors d'y massacrer des milliers de citoyens sans défense, membres de la noblesse aztèque locale qui s'étaient rassemblés au pied de la Grande Pyramide (la plus volumineuse du monde). Pour faire bonne mesure, les Espagnols terminèrent en incendiant la ville. Les vassaux opprimés du peuple aztèque, impressionnés par ce carnage, rejoignirent l'expédition. Lorsque Cortés atteignit Tenochtitlan, il ne manquait pas de partisans.

Ne pouvant lutter contre l'inévitable, Moctezuma II fit entrer pacifiquement les Espagnols dans la cité afin de les rencontrer et de négocier, mais Cortés le fit rapidement prisonnier. Pour résumer ce qui s'ensuivit, les Aztèques finirent par lapider Moctezuma II et bouter les Espagnols hors de leur capitale, mais Cortés revint avec des renforts et assiégea Tenochtitlan. Grâce à leurs armes à feu, à leurs canons et à leurs chevaux, qui terrorisaient les Aztèques, les conquistadors prirent la ville, puis la rasèrent de la carte, et en août 1521, Cuauhtémoc, le dernier souverain aztèque, fut capturé, puis exécuté.

Une fois privé de ses seigneurs aztèques assoiffés de sang, l'empire éclata de nouveau en une multitude de cités-états, désormais sous domination espagnole.
PortraitSquare
icon_civilization_aztec

Spécificités

Dirigeants
Unités spéciales
Infrastructure spéciale

Géographie et données

Lieu
Amérique du Nord
Superficie
Environ 304 000 kilomètres carrés
Population
Environ 5,1 millions au maximum
Capitale
Tenochtitlan
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Spécificités

Dirigeants
Unités spéciales
Infrastructure spéciale

Géographie et données

Lieu
Amérique du Nord
Superficie
Environ 304 000 kilomètres carrés
Population
Environ 5,1 millions au maximum
Capitale
Tenochtitlan
Compétence Exclusive

Légende des cinq soleils

Vous pouvez dépenser des charges de bâtisseur pour compléter 20 % du coût initial du quartier.

Contexte Historique
À l'époque où Hernán Cortés et sa bande patibulaire mirent pied sur le continent, l'Empire aztèque n'en était encore qu'à ses premiers pas, puisque né autour de 1428. Bien que l'Excan Tlatoloyan (la Triple alliance de l'empire aztèque) ne survécût qu'une centaine d'années, son siècle d'existence fut riche en évènements.

À l'origine, plusieurs petits "altepeme" (cités-états) étaient éparpillés dans la vallée de Mexico, le long des rivages de plusieurs lacs adjacents : Zumpango, Xaltocan, Texcoco, Xochimilco et Chalco. La région bénéficiait de pluies abondantes, d'un climat tempéré et de terres fertiles. C'est pourquoi les peuplades nahuas (ou mexica) qui migraient vers le sud depuis Aztlan (le "Pays blanc", nom dont provient le mot "Aztèques") choisirent de s'y établir aux alentours de 1250.

Malheureusement, plusieurs autres tribus vivaient déjà dans cette région, notamment les Azcapotzalcos et les Culhuacans. En 1325, les puissants Azcapotzalcos autorisèrent ces nomades aztèques à s'installer sur une petite île du lac Texcoco où ils bâtirent leur capitale, Tenochtitlan. D'après la légende, son emplacement aurait été désigné par un prêtre ayant repéré un nid d'aigle au sommet d'un figuier de Barbarie. Et dire que certains s'embêtent avec des plans d'urbanisme... Pourtant, la situation de Tenochtitlan était idéale : facile à défendre (sur une île), disposant de suffisamment d'eau pour boire et pêcher, et de nombreuses sources de matériaux de construction. Pendant un temps, les Aztèques acceptèrent donc volontiers de payer un tribut pour que les Azcapotzalcos les laissent vivre en paix.

Les Aztèques demeurèrent les sujets des Azcapotzalcos pendant près d'un siècle. Au cours de cette période, un autre altepetl se révolta. La cité-état de Texcoco, appartenant aux Acolhuas et située sur le rivage le plus au sud du lac, s'enrichit grâce au commerce au point de défier les Azcapotzalcos, remettant leur autorité en cause. Lors de la guerre qui s'ensuivit, Tenochtitlan demeura loyale envers les Azcapotzalcos et joua un rôle déterminant dans la conquête de Texcoco. En récompense de leur dévouement, les Aztèques reçurent le droit d'annexer la ville vaincue et d'en faire une province tributaire.

Cet arrangement fonctionna plutôt bien jusqu'à la mort soudaine de Tezozomochtli, le roi des Azcapotzalcos, en 1426. Une courte guerre civile éclata alors, durant laquelle les Aztèques de Tenochtitlan soutinrent l'héritier désigné de l'ancien roi, un certain Tayauh. Ce ne fut hélas pas le choix le plus avisé, car son frère Maxtla l'emporta et entreprit aussitôt de punir ceux qui avaient offert leur appui à Tayauh. Entretemps, le roi aztèque mourut dans d'étranges circonstances, probablement assassiné sur les ordres de Maxtla. Mais son successeur, Itzcoatl, refusa à son tour de se soumettre. Maxtla fit encercler la cité, coupant l'île du reste du monde, et exigea sa reddition totale.

Simultanément, Maxtla s'attaqua aux Acolhuas de Texcoco, qu'il détestait tout autant. Nezahualcoyotl, le dirigeant de Texcoco, partit en exil et parvint à rejoindre Itzcoatl. Puis Tlacopan, une cité dissidente des Azcapotzalcos, apporta également son soutien au roi aztèque. Ainsi se forma la célèbre "Triple alliance" : trois cités-états partageant le but commun de renverser Maxtla, objectif qu'ils atteignirent en 1427. Après avoir totalement écrasé les Azcapotzalcos, les trois rois décidèrent de vivre "en harmonie". Leur premier acte fut de se partager les territoires des vaincus, et Tenochtitlan parvint mystérieusement à se tailler la part du lion. Les trois cités-états furent si satisfaites de leur succès qu'elles formalisèrent leur alliance, dont les termes stipulaient que tous les tributs et butins seraient partagés, et qu'elles se devraient assistance dans leurs futures guerres de conquête. Les rois assumeraient le titre de huey tlatoani (empereur de l'alliance) à tour de rôle.

Tout au long du siècle suivant, les règnes successifs de plusieurs empereurs compétents permirent à l'alliance aztèque de croître rapidement (principalement en écrasant ses voisins) jusqu'à ce que ses frontières traversassent toute la Mésoamérique, de l'Atlantique au Pacifique. D'ailleurs, cet "empire" était presque constamment en guerre pour des raisons sociales ou peut-être même religieuses, car dans la Weltanschauung aztèque ("conception du monde" en allemand, histoire de varier les langues !), la mort était un instrument de la perpétuation de la vie. Il était ouvertement admis que le cycle naturel imposait aux dieux et aux hommes d'offrir des sacrifices afin de préserver l'équilibre de la création. Le sang (humain, car le sang animal ne semblait pas convenir) était censé empêcher le soleil de tomber, mais les citoyens préférant éviter ce funeste destin, ils offraient à la création des êtres "inférieurs" : prisonniers (d'où le besoin de nombreux combats), esclaves, serviteurs et indigents. Le nombre de sacrifices à cette époque était effrayant : en 1487 par exemple, les historiens estiment qu'entre 10 000 et 80 000 personnes furent tuées, généralement par décapitation, en consécration du Templo Mayor (la grande pyramide) de Tenochtitlan.

Quand les Aztèques n'étaient pas en train de faire la fête autour de rituels sanglants, ils développaient une culture et des connaissances scientifiques inégalées en Amérique. Par exemple, le calendrier aztèque était très sophistiqué et aussi avancé que ceux d'Asie et d'Europe. Le tonalpohualli (compte des jours) consistait en un cycle de 260 jours, répartis en 20 groupes de 13 jours auxquels correspondait un symbole. Le xiuhpohualli (compte des ans) divisait une année en 18 mois de 20 jours chacun. Ainsi, une année comprenait 360 jours nommés et 5 jours sans nom ; ces derniers étaient censés porter malchance (en particulier aux pauvres bougres sacrifiés pour contrer le mauvais karma). On pense que ce calendrier fut créé grâce à une intense observation des cieux, car les Aztèques hissèrent l'astronomie au rang d'art. Ils rassemblèrent d'ailleurs leurs connaissances sur de l'amate, du papier d'écorce, grâce à leur système idéographique si particulier.

Lorsque Itzcoatl rendit l'âme en 1440, il fut remplacé par son neveu Moctezuma (Moctezuma Ier, à ne pas confondre avec le deuxième, bien moins compétent). Le demi-frère aîné de Moctezuma, Tlacaelel, fut nommé Cihuacoatl, le lointain équivalent d'un Premier ministre européen. Tous deux entreprirent alors de faire de Tenochtitlan la cité dominante de l'alliance, formalisant ainsi la création de l'Empire aztèque. Moctezuma se chargeait des conquêtes (envahissant les terres des Huaxtèques, des Totonaques, des Mixtèques, des Cosamaloapans, des Orizabas et des Cotaxtlas) tandis que Tlacaelel refaçonnait la civilisation aztèque selon sa propre vision.

Tandis que Moctezuma concentrait toute son attention sur la guerre, son frère Tlacaelel réécrivit le passé et le futur des Aztèques. Littéralement. Selon certaines sources, il fit brûler des centaines de textes qui contenaient des "inexactitudes historiques". Sous son règne, Tlacaelel remodela leurs croyances religieuses afin de présenter les Aztèques comme un peuple élu, destiné à s'élever au-dessus des autres. Tlacaelel insista également sur l'importance du militarisme et du sacrifice rituel dans la "nouvelle" théologie aztèque. Il supervisa la construction de nombreux temples et bâtiments religieux, dont le célèbre Templo Mayor de Tenochtitlan, tous consacrés (par de nombreux sacrifices) à leur nouveau dieu suprême : Huitzilopochtli.

Le peuple aztèque prospéra sous la houlette des deux frères pendant trois décennies. Grâce à Moctezuma, l'empire s'étendit de plus de 160 000 km² et atteignit le nombre impressionnant de cinq millions de sujets. Sous l'autorité de Tlacaelel, les tribus assujetties étaient généralement livrées à elles-mêmes, tant que le tribut requis (lequel incluait des dons sacrificiels, bien entendu) était payé et que les forces militaires exigées étaient fournies. Tenochtitlan devint le centre névralgique d'un immense réseau de commerce, où les marchands aztèques faisaient volontiers affaires avec les alliés comme avec les ennemis de leur peuple. En l'absence de monnaie, les échanges reposaient sur le troc. Le peuple aztèque ne disposant ni d'animaux de trait ni de véhicules à roues, toutes les marchandises étaient portées à dos d'homme. C'est pourquoi Tlacaelel fit construire un vaste réseau routier conçu spécialement pour la circulation piétonne. Ces voies, constamment empruntées, étaient protégées par l'armée aztèque. Les femmes pouvaient ainsi y voyager seules. Tlacaelel fit aussi édifier des telpochcalli (des écoles) dans tous les quartiers, aux frais du gouvernement. Les jeunes garçons y recevaient une éducation religieuse ainsi qu'une formation militaire.

Moctezuma Ier mourut en 1468. Son fils Axayacatl lui succéda et passa ses treize années de règne à consolider les conquêtes de son père, écrasant diverses rébellions et repoussant l'outrecuidant Empire tarasque. (Tlacaelel disparut en 1487, au probable soulagement du plus grand nombre.) À la mort d'Axayacatl, son frère Tizoc, célèbre pour son incompétence, hérita du pouvoir, mais fut assassiné par ses nobles à peine cinq ans plus tard. Le flambeau fut ensuite repris par un autre des frères, Ahuitzotl, en 1486, et celui-ci prouva sa supériorité en conquérant la cité-état d'Otzoma, dont la population fut éradiquée (tuée ou sacrifiée en masse), puis en lançant la construction d'une ligne de forteresses le long de plusieurs frontières contestées. Ahuitzotl mourut en l'an 10-Lapin, selon le complexe calendrier aztèque. Son neveu, Moctezuma II, accéda alors au trône.

Le règne du nouveau Moctezuma ne débuta pas vraiment sous les meilleurs auspices, et périclita rapidement. Le souverain révoqua les conseillers les plus compétents d'Ahuitzotl et les fit presque tous exécuter. Il abolit ensuite le statut de "cuauhpilli", une classe particulière de l'armée aztèque, anéantissant ainsi toute chance pour les familles roturières d'améliorer leur statut social. Le bas peuple n'eut alors plus la moindre motivation pour servir l'empire, que ce soit en rejoignant l'armée ou par quelque autre moyen. Après avoir attisé la colère des familles nobles les plus puissantes et perdu les bonnes grâces du peuple, il va sans dire que Moctezuma était bien mal préparé à affronter la horde d'Espagnols cupides qui se présenta sur le seuil du monde aztèque en février 1519.

Plus tôt cette année-là, une expédition menée par Hernán Cortés (constituée de 11 vaisseaux, 630 hommes, 13 chevaux et d'une poignée de petits canons) avait débarqué dans le Yucatán, alors territoire de l'Empire maya. Le gouverneur espagnol de Cuba avait pourtant révoqué la charte d'expédition de Cortés avant son départ du port, mais ce dernier se mutina ouvertement contre l'autorité, ignora les ordres et prit le large malgré tout (à croire que la fortune sourit réellement aux audacieux !). Après avoir vécu diverses aventures, les conquistadors débarquèrent près d'une petite colonie indigène à Veracruz et s'en emparèrent. Ils y rencontrèrent deux gouverneurs aztèques de provinces tributaires, lesquels acceptèrent d'organiser une rencontre entre Cortés et Moctezuma II.

Mais Moctezuma refusa d'accueillir "l'envoyé" d'Espagne. Cortés se mit donc en route pour Tenochtitlan sans y être convié. Comme la plupart des hôtes indésirables, les Espagnols semèrent le chaos sur leur passage. Ils marchèrent sur la capitale escortés par un grand nombre de guerriers indigènes (certains en quête d'aventure, d'autres motivés par la vengeance ou l'appât du gain), et finirent par atteindre la grande cité de Cholula. La joyeuse bande entreprit alors d'y massacrer des milliers de citoyens sans défense, membres de la noblesse aztèque locale qui s'étaient rassemblés au pied de la Grande Pyramide (la plus volumineuse du monde). Pour faire bonne mesure, les Espagnols terminèrent en incendiant la ville. Les vassaux opprimés du peuple aztèque, impressionnés par ce carnage, rejoignirent l'expédition. Lorsque Cortés atteignit Tenochtitlan, il ne manquait pas de partisans.

Ne pouvant lutter contre l'inévitable, Moctezuma II fit entrer pacifiquement les Espagnols dans la cité afin de les rencontrer et de négocier, mais Cortés le fit rapidement prisonnier. Pour résumer ce qui s'ensuivit, les Aztèques finirent par lapider Moctezuma II et bouter les Espagnols hors de leur capitale, mais Cortés revint avec des renforts et assiégea Tenochtitlan. Grâce à leurs armes à feu, à leurs canons et à leurs chevaux, qui terrorisaient les Aztèques, les conquistadors prirent la ville, puis la rasèrent de la carte, et en août 1521, Cuauhtémoc, le dernier souverain aztèque, fut capturé, puis exécuté.

Une fois privé de ses seigneurs aztèques assoiffés de sang, l'empire éclata de nouveau en une multitude de cités-états, désormais sous domination espagnole.