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Rome
Compétence Exclusive

Tous les chemins mènent à Rome

Toutes les villes que vous fondez ou conquérez possèdent un comptoir commercial dès leur création. Si elles sont à portée d'une route commerciale de votre capitale, une route les y relie également. Or +1 pour toutes vos routes commerciales traversant vos comptoirs commerciaux.

Contexte Historique
Certains estiment que Rome fut fondée autour des années 750 av. J.-C. par Romulus et Remus, d'autres par des réfugiés de Troie, et d'autres encore par une bande hétéroclite de hors-la-loi qui serait tombée par hasard sur une charmante colline avec une source d'eau potable à proximité. Quelle que soit la vérité, pendant plusieurs siècles, tous les chemins menèrent à elle, comme le dit l'adage. Lorsque les patriciens découvrirent qu'il était possible de distraire les plébéiens des sujets les plus importants grâce au pain et aux jeux de cirque, une astuce intemporelle, la République devint une dictature, et plus tard un Empire. Rome posa les fondations de la civilisation occidentale, et ses traditions, bonnes comme mauvaises, se perpétuent encore de nos jours.

Selon la légende, Rome aurait été fondée par des frères jumeaux du nom de Romulus et Rémus, les fils du dieu Mars et de la fille d'un roi. Les enfants furent abandonnés à la naissance, et sauvée par une louve qui les allaita (en latin, louve se dit "lupa", qui signifie également "prostituée", ce qui ouvre de curieuses possibilités). Une fois adultes, les garçons fondèrent une nouvelle cité, puis se disputèrent soit pour savoir lequel d'entre eux allait régner, soit à propos de la hauteur d'un mur, les hypothèses étant confuses. Romulus l'ayant emporté sur son frère, il tua celui-ci, comme de juste, et devint le premier roi de Rome. Étonnamment, cette histoire d'abandon, de louve et de meurtre résume finalement assez bien l'histoire de Rome.

L'emplacement stratégique de Rome en faisait un lieu très prisé de ses voisins ; pendant deux décennies, les Latins durent repousser les attaques des Étrusques et des Sabins, finissant par vaincre les deux peuples et par absorber leur culture, religion, technologie, richesse, et bien sûr leur territoire pour Rome, établissant un modèle fonctionnel pour bâtir leur empire.

D'après la légende, le dernier roi de Rome aurait été un tyran brutal. Ce roi infâme empreint d'humilité, Tarquin le Superbe, fut renversé par les citoyens suite au viol par son fils d'une noble vertueuse. Pour autant, les historiens modernes, engoncés dans leur veste en tweed, estiment la vérité bien plus prosaïque : Rome fut capturée par les Étrusques, qui se débarrassèrent du roi, mais furent poussés par des événements hors de leur contrôle à quitter la ville avant d'avoir eu le temps d'y installer leur propre monarque. Se retrouvant sans roi, les Romains prirent goût à cette liberté soudaine et choisirent de ne pas rappeler Tarquin, mais plutôt d'instaurer une sorte de république, basée sur le modèle grec de la démocratie, qui à l'époque tenait cependant plus du mot que de la réalité.

Cette structure politique était assez bancale. Jugez par vous-même : Rome avait à sa tête deux consuls. Ces consuls étaient les administrateurs principaux de la ville, ainsi que ces chefs militaires. Ils étaient élus chaque année par les comices centuriates, une assemblée du peuple à vocation militaire. Afin d'assurer l'unité du commandement en cas de danger, un "dictateur" pouvait être nommé et doté des pleins pouvoirs. La deuxième puissance du gouvernement romain était le Sénat, composé d'environ 300 hommes "vertueux", tous issus des plus grandes familles. En théorie, le Sénat ne servait qu'à prodiguer des conseils, mais dans les faits, ses membres étant tous excessivement riches, son influence politique était considérable et ses remarques étaient presque systématiquement écoutées. La République romaine devint un modèle pour toutes celles qui suivirent... pour le meilleur comme pour le pire.

Tout au long de son histoire ou presque, la République romaine fut en guerre avec ses voisins, puisqu'elle n'avait de cesse d'agrandir son territoire au détriment d'autres royaumes moins efficaces qu'elle. Mais la plupart de ces gains disparurent en 390 av. J.-C., lorsqu'une tribu gauloise, les Sénons, vint à bout des légions romaines, pourtant si sûres d'elles, et mit la ville à sac. Hélas, ce ne serait pas la dernière fois qu'un ramassis de barbares illettrés se baladerait dans les rues de la ville éternelle, et il fallut à Rome près d'un demi-siècle pour se relever. Bon gré, mal gré, au milieu du IIIe siècle, Rome s'était imposée en maître de tout le centre de l'Italie, et les colonies latines s'étendaient au nord comme au sud. De plus, l'immense réseau routier romain se développait chaque jour un peu plus, reliant chaque recoin de la République, et Rome s'apprêtait à lancer sa toute première flotte... juste à temps pour que celle-ci ne coule au fond de la Méditerranée.

À mesure que Rome grandissait et se faisait un nom, elle ne pouvait faire autrement que de s'attirer les foudres d'autres royaumes de la région, qui se voyaient déjà calife à la place du calife. L'une de ces civilisations fut celle de Carthage, une ancienne colonie phénicienne basée sur la côte nord-africaine, en Tunisie. À l'époque, Carthage était à la tête d'un puissant empire maritime, qui s'étendait depuis tout l'ouest de l'Égypte, jusqu'aux côtes espagnoles et françaises, et incluait également la Sicile, la Sardaigne et la Corse. Rome et Carthage s'affrontèrent au cours de trois "guerres puniques", entre 264 et 146 av. J.-C., pour le contrôle de la Méditerranée occidentale. Lorsque la poussière des combats retomba, et malgré le génie d'Hannibal, le courage des marins carthaginois et la sagacité de ses politiciens, Carthage et toutes ses possessions se retrouvèrent avalées par ce qu'il faudrait bientôt convenir d'appeler l'Empire romain.

Bien que Rome continua à combattre aux quatre coins de la Méditerranée, le premier siècle de notre ère vit des dizaines de milliers de soldats rentrer au pays et revenir à la vie civile. Une fois chez eux, ces anciens hommes de guerre avaient bien du mal à trouver du travail, d'autant plus que Rome était à l'époque envahie d'esclaves originaires de ses lointaines colonies. En vue des élections au poste de consul, les politiciens romains durent apaiser les anciens soldats, et le populisme s'invita dans la vie politique locale, entraînant dans son sillage de nombreuses querelles. Il était clair que le contrôle de la ville reviendrait à la première personne s'avérant capable d'acheter la loyauté de l'armée mécontente. Vers l'an 60 av. J.-C., trois hommes décidèrent de se partager le pouvoir ; ce "Premier triumvirat" regroupait Pompée le Grand, le sénateur Marcus Crassus et un obscur général, fils d'une famille aisée : Jules César.

Leur désir de coopérer et de partager le pouvoir n'étant pas sans rappeler le sens de l'abnégation d'un dictateur de république bananière, César et Pompée commencèrent à se tirer dans les pattes sitôt Crassus mort au combat. Lorsque César finit par s'avancer vers Rome accompagné de ses fidèles légions, Pompée et le Sénat fuirent la ville, et en 49 av. J.-C., César entra dans la ville sans la moindre opposition. Tout en faisant garder à Rome une apparence de démocratie, César en devint le dictateur. Il s'octroya le pouvoir de nommer tous les sénateurs, et il modifia la constitution de façon à ce que les assemblées ne puissent voter que pour les candidats et les lois soumises par ses soins. En 44 av. J.-C., il fut assassiné par des membres du Sénat lassés par ses combines. Les bons citoyens de Rome ne trouvèrent que peu à y redire, étant eux-mêmes passablement scandalisés par la tumultueuse liaison qu'entretenait César avec cette vile sorcière étrangère de Cléopâtre.

Après la mort de César, son lieutenant Marc-Antoine s'allia avec Lépide et le neveu de César, Octave, pour vaincre les assassins républicains, mais ce faisant, Marc-Antoine se mit à fréquenter Cléopâtre et le fils qu'elle avait eu avec Jules, Césarion, avec lequel il tenta de ressusciter l'empire d'Égypte. Par la suite, les membres de ce "Second Triumvirat" se querellèrent, dispute au terme de laquelle Cléopâtre, Césarion, Marc-Antoine et tant d'autres trouvèrent la mort, tandis qu'Octave, rebaptisé "Auguste" pour l'occasion, devenait le dictateur incontesté de la cité, même si Rome ne courait plus aucun danger depuis longtemps. Alors que la République romaine était morte, l'Empire romain venait de naître, et le monde entier tremblerait devant son pouvoir et sa gloire.

Au cours des quatre siècles qui suivirent, Rome fut dirigée par des dictateurs, qui prenaient le titre de "César", pour se rappeler d'où venait leur pouvoir. Parmi la longue liste d'empereurs, il y eut les habiles Tibère, Vespasien et Hadrien, les brillants Trajan, Marc-Aurèle et Constantin, ceux qui n'étaient ni l'un ni l'autre (Othon, Pertinax, Balbin et d'autres trop nombreux à énumérer), et beaucoup qui se montrèrent totalement ignobles (Caligula, Néron, Commode, la liste est longue). Certains eurent un long règne (les 48 ans de Théodose II constituent le record), tandis que pour d'autres, celui-ci dura à peine quelques mois, voire quelques jours, de nombreux empereurs ayant péri par la lame de la garde prétorienne. À ces événements s'ajoutèrent des révoltes, des rébellions, des soulèvements, des guerres, et la lutte constante pour tenir les frontières contre les hordes de barbares.

Dans toute cette agitation, les Romains réussirent à produire certains des travaux les plus durables de la civilisation. Leur art et leur littérature s'étaient enfin débarrassés de leur habitude de copier servilement les Grecs ; la satire, peu appréciée de ces derniers, est une invention romaine, et la sculpture, les fresques et la peinture de paysage, trois autres de leurs créations, surpassaient tout ce qui avait été vu auparavant. Parmi les contributions romaines à l'architecture, on compte l'arche, la voûte et le dôme ; certains de leurs aqueducs, ponts et bâtiments tiennent toujours debout. Pendant ce temps, de riches Romains devenaient les premiers touristes du monde, se baladant en Égypte, en Grèce et en Perse, s'émerveillant devant les monuments et les ruines. Ceux qui restaient chez eux étaient divertis par des sports sanglants dans le Colisée et des courses de chars dans le Circus Maximus, et on pouvait régulièrement admirer des crucifixions le long de la voie Appienne pour apaiser son ennui.

À son apogée, sous Trajan, l'Empire s'étendait des plaines d'Écosse jusqu'aux montagnes mauresques, en passant par l'Euphrate et le Rhin. Rome était à elle seule la plus grande métropole au monde, avec un nombre d'habitants, citoyens ou non, estimé à deux millions. Le commerce affluait vers les terres romaines depuis l'Afrique, la Gaule, la Scandinavie et l'Inde, le tout suivi selon les poids et mesures standardisées et comptabilisé avec le boulier romain, parfaitement adapté au système numéraire romain. À mesure que l'Empire progressait, au vu de la propension romaine à l'organisation, quasiment tout devint standardisé.

Il faisait alors bon d'être romain.

Mais au IIIe siècle après J.-C., les choses commencèrent à décliner. L'administration, étant donné l'état de la communication à cette époque, devint si encombrante qu'elle ne pouvait réagir aux crises. En 285 après J.-C., l'empereur Dioclétien sépara le royaume étendu en territoires occidental et oriental, ce dernier étant administré par Byzance, où un "second" empereur fut installé pour agir au nom du premier empereur à Rome. Le christianisme s'empara de Rome, qui avait jusqu'alors toujours accepté plusieurs types de foi ; l'empereur Théodose I en fit la religion d'état, et l'intolérance ouvrit des failles encore plus grandes dans la structure sociale. Les barbares devenaient plus avancés d'un point de vue technologique, et commençaient à grignoter les bords des territoires romains. Et puis bien sûr, les Romains avaient toujours la possibilité de tomber malade à cause du plomb présent dans leurs merveilleux aqueducs...

Quelle qu'en soit les causes, les dernières années de l'Empire d'occident furent marquées par des chefs d'état incompétents, des usurpations et des incursions barbares au cœur des terres romaines. En 410 après J.-C., Rome elle-même fut pillée par les forces d'Alaric Ier, le roi Wisigoth. Les Vandales envahirent l'Afrique, et divers gouverneurs de provinces romaines partirent pour poursuivre leurs propres rêves de dynastie. Enfin, Odoacre, le Germain, qui avait été général au service de Rome, l'envahit et dépouilla Romulus Augustule de ses ornements impériaux, envoya l'insigne impérial à Byzance et s'autoproclama nouveau roi d'Italie. La "lumière de Rome" avait été éteinte, même si son ombre plane encore sur l'Europe et au-delà.
PortraitSquare
icon_civilization_rome

Spécificités

Dirigeants
Unités spéciales
Infrastructure spéciale

Géographie et données

Lieu
Europe (et Asie mineure, Afrique, Moyen-Orient et autres territoires)
Superficie
Environ 6,5 millions de kilomètres carrés sous Trajan
Population
Environ 88 millions (au maximum)
Capitale
Rome
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Spécificités

Dirigeants
Unités spéciales
Infrastructure spéciale

Géographie et données

Lieu
Europe (et Asie mineure, Afrique, Moyen-Orient et autres territoires)
Superficie
Environ 6,5 millions de kilomètres carrés sous Trajan
Population
Environ 88 millions (au maximum)
Capitale
Rome
Compétence Exclusive

Tous les chemins mènent à Rome

Toutes les villes que vous fondez ou conquérez possèdent un comptoir commercial dès leur création. Si elles sont à portée d'une route commerciale de votre capitale, une route les y relie également. Or +1 pour toutes vos routes commerciales traversant vos comptoirs commerciaux.

Contexte Historique
Certains estiment que Rome fut fondée autour des années 750 av. J.-C. par Romulus et Remus, d'autres par des réfugiés de Troie, et d'autres encore par une bande hétéroclite de hors-la-loi qui serait tombée par hasard sur une charmante colline avec une source d'eau potable à proximité. Quelle que soit la vérité, pendant plusieurs siècles, tous les chemins menèrent à elle, comme le dit l'adage. Lorsque les patriciens découvrirent qu'il était possible de distraire les plébéiens des sujets les plus importants grâce au pain et aux jeux de cirque, une astuce intemporelle, la République devint une dictature, et plus tard un Empire. Rome posa les fondations de la civilisation occidentale, et ses traditions, bonnes comme mauvaises, se perpétuent encore de nos jours.

Selon la légende, Rome aurait été fondée par des frères jumeaux du nom de Romulus et Rémus, les fils du dieu Mars et de la fille d'un roi. Les enfants furent abandonnés à la naissance, et sauvée par une louve qui les allaita (en latin, louve se dit "lupa", qui signifie également "prostituée", ce qui ouvre de curieuses possibilités). Une fois adultes, les garçons fondèrent une nouvelle cité, puis se disputèrent soit pour savoir lequel d'entre eux allait régner, soit à propos de la hauteur d'un mur, les hypothèses étant confuses. Romulus l'ayant emporté sur son frère, il tua celui-ci, comme de juste, et devint le premier roi de Rome. Étonnamment, cette histoire d'abandon, de louve et de meurtre résume finalement assez bien l'histoire de Rome.

L'emplacement stratégique de Rome en faisait un lieu très prisé de ses voisins ; pendant deux décennies, les Latins durent repousser les attaques des Étrusques et des Sabins, finissant par vaincre les deux peuples et par absorber leur culture, religion, technologie, richesse, et bien sûr leur territoire pour Rome, établissant un modèle fonctionnel pour bâtir leur empire.

D'après la légende, le dernier roi de Rome aurait été un tyran brutal. Ce roi infâme empreint d'humilité, Tarquin le Superbe, fut renversé par les citoyens suite au viol par son fils d'une noble vertueuse. Pour autant, les historiens modernes, engoncés dans leur veste en tweed, estiment la vérité bien plus prosaïque : Rome fut capturée par les Étrusques, qui se débarrassèrent du roi, mais furent poussés par des événements hors de leur contrôle à quitter la ville avant d'avoir eu le temps d'y installer leur propre monarque. Se retrouvant sans roi, les Romains prirent goût à cette liberté soudaine et choisirent de ne pas rappeler Tarquin, mais plutôt d'instaurer une sorte de république, basée sur le modèle grec de la démocratie, qui à l'époque tenait cependant plus du mot que de la réalité.

Cette structure politique était assez bancale. Jugez par vous-même : Rome avait à sa tête deux consuls. Ces consuls étaient les administrateurs principaux de la ville, ainsi que ces chefs militaires. Ils étaient élus chaque année par les comices centuriates, une assemblée du peuple à vocation militaire. Afin d'assurer l'unité du commandement en cas de danger, un "dictateur" pouvait être nommé et doté des pleins pouvoirs. La deuxième puissance du gouvernement romain était le Sénat, composé d'environ 300 hommes "vertueux", tous issus des plus grandes familles. En théorie, le Sénat ne servait qu'à prodiguer des conseils, mais dans les faits, ses membres étant tous excessivement riches, son influence politique était considérable et ses remarques étaient presque systématiquement écoutées. La République romaine devint un modèle pour toutes celles qui suivirent... pour le meilleur comme pour le pire.

Tout au long de son histoire ou presque, la République romaine fut en guerre avec ses voisins, puisqu'elle n'avait de cesse d'agrandir son territoire au détriment d'autres royaumes moins efficaces qu'elle. Mais la plupart de ces gains disparurent en 390 av. J.-C., lorsqu'une tribu gauloise, les Sénons, vint à bout des légions romaines, pourtant si sûres d'elles, et mit la ville à sac. Hélas, ce ne serait pas la dernière fois qu'un ramassis de barbares illettrés se baladerait dans les rues de la ville éternelle, et il fallut à Rome près d'un demi-siècle pour se relever. Bon gré, mal gré, au milieu du IIIe siècle, Rome s'était imposée en maître de tout le centre de l'Italie, et les colonies latines s'étendaient au nord comme au sud. De plus, l'immense réseau routier romain se développait chaque jour un peu plus, reliant chaque recoin de la République, et Rome s'apprêtait à lancer sa toute première flotte... juste à temps pour que celle-ci ne coule au fond de la Méditerranée.

À mesure que Rome grandissait et se faisait un nom, elle ne pouvait faire autrement que de s'attirer les foudres d'autres royaumes de la région, qui se voyaient déjà calife à la place du calife. L'une de ces civilisations fut celle de Carthage, une ancienne colonie phénicienne basée sur la côte nord-africaine, en Tunisie. À l'époque, Carthage était à la tête d'un puissant empire maritime, qui s'étendait depuis tout l'ouest de l'Égypte, jusqu'aux côtes espagnoles et françaises, et incluait également la Sicile, la Sardaigne et la Corse. Rome et Carthage s'affrontèrent au cours de trois "guerres puniques", entre 264 et 146 av. J.-C., pour le contrôle de la Méditerranée occidentale. Lorsque la poussière des combats retomba, et malgré le génie d'Hannibal, le courage des marins carthaginois et la sagacité de ses politiciens, Carthage et toutes ses possessions se retrouvèrent avalées par ce qu'il faudrait bientôt convenir d'appeler l'Empire romain.

Bien que Rome continua à combattre aux quatre coins de la Méditerranée, le premier siècle de notre ère vit des dizaines de milliers de soldats rentrer au pays et revenir à la vie civile. Une fois chez eux, ces anciens hommes de guerre avaient bien du mal à trouver du travail, d'autant plus que Rome était à l'époque envahie d'esclaves originaires de ses lointaines colonies. En vue des élections au poste de consul, les politiciens romains durent apaiser les anciens soldats, et le populisme s'invita dans la vie politique locale, entraînant dans son sillage de nombreuses querelles. Il était clair que le contrôle de la ville reviendrait à la première personne s'avérant capable d'acheter la loyauté de l'armée mécontente. Vers l'an 60 av. J.-C., trois hommes décidèrent de se partager le pouvoir ; ce "Premier triumvirat" regroupait Pompée le Grand, le sénateur Marcus Crassus et un obscur général, fils d'une famille aisée : Jules César.

Leur désir de coopérer et de partager le pouvoir n'étant pas sans rappeler le sens de l'abnégation d'un dictateur de république bananière, César et Pompée commencèrent à se tirer dans les pattes sitôt Crassus mort au combat. Lorsque César finit par s'avancer vers Rome accompagné de ses fidèles légions, Pompée et le Sénat fuirent la ville, et en 49 av. J.-C., César entra dans la ville sans la moindre opposition. Tout en faisant garder à Rome une apparence de démocratie, César en devint le dictateur. Il s'octroya le pouvoir de nommer tous les sénateurs, et il modifia la constitution de façon à ce que les assemblées ne puissent voter que pour les candidats et les lois soumises par ses soins. En 44 av. J.-C., il fut assassiné par des membres du Sénat lassés par ses combines. Les bons citoyens de Rome ne trouvèrent que peu à y redire, étant eux-mêmes passablement scandalisés par la tumultueuse liaison qu'entretenait César avec cette vile sorcière étrangère de Cléopâtre.

Après la mort de César, son lieutenant Marc-Antoine s'allia avec Lépide et le neveu de César, Octave, pour vaincre les assassins républicains, mais ce faisant, Marc-Antoine se mit à fréquenter Cléopâtre et le fils qu'elle avait eu avec Jules, Césarion, avec lequel il tenta de ressusciter l'empire d'Égypte. Par la suite, les membres de ce "Second Triumvirat" se querellèrent, dispute au terme de laquelle Cléopâtre, Césarion, Marc-Antoine et tant d'autres trouvèrent la mort, tandis qu'Octave, rebaptisé "Auguste" pour l'occasion, devenait le dictateur incontesté de la cité, même si Rome ne courait plus aucun danger depuis longtemps. Alors que la République romaine était morte, l'Empire romain venait de naître, et le monde entier tremblerait devant son pouvoir et sa gloire.

Au cours des quatre siècles qui suivirent, Rome fut dirigée par des dictateurs, qui prenaient le titre de "César", pour se rappeler d'où venait leur pouvoir. Parmi la longue liste d'empereurs, il y eut les habiles Tibère, Vespasien et Hadrien, les brillants Trajan, Marc-Aurèle et Constantin, ceux qui n'étaient ni l'un ni l'autre (Othon, Pertinax, Balbin et d'autres trop nombreux à énumérer), et beaucoup qui se montrèrent totalement ignobles (Caligula, Néron, Commode, la liste est longue). Certains eurent un long règne (les 48 ans de Théodose II constituent le record), tandis que pour d'autres, celui-ci dura à peine quelques mois, voire quelques jours, de nombreux empereurs ayant péri par la lame de la garde prétorienne. À ces événements s'ajoutèrent des révoltes, des rébellions, des soulèvements, des guerres, et la lutte constante pour tenir les frontières contre les hordes de barbares.

Dans toute cette agitation, les Romains réussirent à produire certains des travaux les plus durables de la civilisation. Leur art et leur littérature s'étaient enfin débarrassés de leur habitude de copier servilement les Grecs ; la satire, peu appréciée de ces derniers, est une invention romaine, et la sculpture, les fresques et la peinture de paysage, trois autres de leurs créations, surpassaient tout ce qui avait été vu auparavant. Parmi les contributions romaines à l'architecture, on compte l'arche, la voûte et le dôme ; certains de leurs aqueducs, ponts et bâtiments tiennent toujours debout. Pendant ce temps, de riches Romains devenaient les premiers touristes du monde, se baladant en Égypte, en Grèce et en Perse, s'émerveillant devant les monuments et les ruines. Ceux qui restaient chez eux étaient divertis par des sports sanglants dans le Colisée et des courses de chars dans le Circus Maximus, et on pouvait régulièrement admirer des crucifixions le long de la voie Appienne pour apaiser son ennui.

À son apogée, sous Trajan, l'Empire s'étendait des plaines d'Écosse jusqu'aux montagnes mauresques, en passant par l'Euphrate et le Rhin. Rome était à elle seule la plus grande métropole au monde, avec un nombre d'habitants, citoyens ou non, estimé à deux millions. Le commerce affluait vers les terres romaines depuis l'Afrique, la Gaule, la Scandinavie et l'Inde, le tout suivi selon les poids et mesures standardisées et comptabilisé avec le boulier romain, parfaitement adapté au système numéraire romain. À mesure que l'Empire progressait, au vu de la propension romaine à l'organisation, quasiment tout devint standardisé.

Il faisait alors bon d'être romain.

Mais au IIIe siècle après J.-C., les choses commencèrent à décliner. L'administration, étant donné l'état de la communication à cette époque, devint si encombrante qu'elle ne pouvait réagir aux crises. En 285 après J.-C., l'empereur Dioclétien sépara le royaume étendu en territoires occidental et oriental, ce dernier étant administré par Byzance, où un "second" empereur fut installé pour agir au nom du premier empereur à Rome. Le christianisme s'empara de Rome, qui avait jusqu'alors toujours accepté plusieurs types de foi ; l'empereur Théodose I en fit la religion d'état, et l'intolérance ouvrit des failles encore plus grandes dans la structure sociale. Les barbares devenaient plus avancés d'un point de vue technologique, et commençaient à grignoter les bords des territoires romains. Et puis bien sûr, les Romains avaient toujours la possibilité de tomber malade à cause du plomb présent dans leurs merveilleux aqueducs...

Quelle qu'en soit les causes, les dernières années de l'Empire d'occident furent marquées par des chefs d'état incompétents, des usurpations et des incursions barbares au cœur des terres romaines. En 410 après J.-C., Rome elle-même fut pillée par les forces d'Alaric Ier, le roi Wisigoth. Les Vandales envahirent l'Afrique, et divers gouverneurs de provinces romaines partirent pour poursuivre leurs propres rêves de dynastie. Enfin, Odoacre, le Germain, qui avait été général au service de Rome, l'envahit et dépouilla Romulus Augustule de ses ornements impériaux, envoya l'insigne impérial à Byzance et s'autoproclama nouveau roi d'Italie. La "lumière de Rome" avait été éteinte, même si son ombre plane encore sur l'Europe et au-delà.