Avant même que ne débute l'histoire, les chefs de guerre constituaient leurs armées avec des formations de fantassins, d'archers et de tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une cavalerie pour l'époque. Longtemps, les chances de succès sont restées aléatoires, jusqu'à ce qu'un beau jour, le roi suédois Gustave II Adolphe invente le concept de corps interarmées. Il entraîna ses fantassins à manipuler des canons de trois livres et associa des groupes d'artilleurs à ses unités à cheval. À mesure que le siècle avançait, plusieurs nations européennes se mirent à constituer des formations unies mêlant artilleurs, infanterie légère, et artillerie à cheval. Napoléon révolutionna la stratégie militaire avec sa Grande Armée, composée de détachements de cavalerie légère, d'infanterie légère et d'artillerie à cheval, capables de se déplacer à grande vitesse.
Lors de la Première Guerre mondiale, bien que beaucoup de batailles sanglantes se livraient dans les tranchées sur le front ouest, deux nouvelles armes apparurent : le blindé et l'avion. Dans les années qui suivirent, avant la deuxième fournée de réjouissances, les spécialistes de la stratégie militaire réfléchirent à de nouvelles façons de combiner tous les corps d'armée. Les systèmes envisagés mêlaient artillerie au sol, appui aérien et infanterie, travaillant de concert avec les blindés. L'un de ces penseurs, qui sut attirer l'attention grâce à ses brillantes idées, était un officier allemand du nom d'Erwin Rommel, qui publia notamment un livre intitulé "L'infanterie attaque, enseignements et expérience vécue" en 1937. La Blitzkrieg, qui ravagea l'ouest et l'est, mobilisa des formations blindées rapides soutenues par une infanterie motorisée, des canons automoteurs et des avions spécialisés dans le soutien des forces au sol.
Après la défaite des Allemands, les superpuissances firent des corps interarmées une véritable doctrine, au détriment (pas total) de la dissuasion nucléaire. Par exemple, en 1963, le corps des Marines des États-Unis formalisa le concept de "Marine Air-Ground Task Force", qui repose sur une collaboration étroite entre troupes au sol et appui aérien. La guerre du Vietnam et la guerre d'Afghanistan furent les théâtres de déploiements de forces aéromobiles et spéciales, préparées pour les offensives éclairs sur des champs d'opération inadaptés aux unités conventionnelles. Enfin, la guerre du Golfe fut l'occasion de montrer au monde l'efficacité incroyable de la mise en pratique des nouvelles théories sur les corps interarmées.