La civilisation moderne a été modelée, entre autres choses, par les doctrines en "isme" : capitalisme, socialisme, communisme, fascisme, conservatisme, libéralisme, pluralisme, racisme, féminisme, terrorisme, scientisme, ainsi qu'une infinité d'autres mouvements dictant aux hommes comment la société "devrait fonctionner".
À l'époque de la Révolution française, le philosophe Antoine Destutt de Tracy employait le terme "idéologie" pour ce qu'il concevait comme une "science des idées". Il se référait au penseur Francis Bacon qui affirmait que la science avait pour but d'améliorer la vie des hommes ; l'idéologie était une science chargée d'une mission, celle de servir les hommes (même si cela impliquait de les sauver malgré eux) en les débarrassant de leurs préjugés et en préparant leur esprit à la suprématie de la raison. Cependant, quand Napoléon associa l'"idéologie" aux aspects les plus détestables, selon lui, de la pensée révolutionnaire, il considéra ce mot avec désapprobation et fanatisme, au lieu de faire preuve de rationalisme (oui, encore des "ismes"). Karl Marx, rejoint par les sociologues Max Weber et Karl Mannheim, employait le terme dans un sens péjoratif, celui d'une fausse conscience engendrée par des systèmes de croyances. De ce point de vue, une idéologie politique est un concept intellectuel que l'on ne doit pas juger en termes de vérité, de cohérence ou de clarté, mais plutôt comme l'expression des intérêts propres à un groupe.
Jusqu'à l'arrivée des mass-médias, les idéologies restèrent principalement théoriques, réduites à d'obscurs débats universitaires. Mais la possibilité de promouvoir des "causes" via la presse, la radio, les films d'actualité et enfin la télévision donnèrent à ces doctrines un caractère bien plus immédiat. Ainsi, les pionniers de tous bords investirent leur identité dans l'un ou l'autre courant. On peut attribuer l'ensemble des guerres, mouvements et génocides du XXe siècle aux conflits idéologiques. Comme l'a déclaré Joycelyn Elders, nous devons tous assumer nos "ismes" si nous ne voulons pas d'un avenir sinistre.